Le métier de chauffeur VTC offre une liberté appréciable, celle de gérer son emploi du temps et son activité. Cependant, cette indépendance s’accompagne d’une responsabilité majeure souvent reléguée au second plan par les urgences du quotidien : la préparation de la retraite.
Contrairement au salariat classique où les cotisations sont prélevées à la source et gérées par l’employeur, le chauffeur indépendant est le seul maître à bord de sa protection sociale. Les choix juridiques que vous faites aujourd’hui (statut de l’entreprise, mode de rémunération) déterminent directement votre niveau de vie futur.
En bref
Votre retraite dépend directement de votre statut juridique et de la rigueur de votre gestion.
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En micro-entreprise, vous ne validez vos trimestres que si vous atteignez un Chiffre d’Affaires (CA) précis (environ 14 256 € pour 4 trimestres en 2025). Le temps passé au volant ne compte pas, seul le CA encaissé compte.
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En SASU, attention au piège des dividendes : si vous ne vous versez pas de salaire, vous ne cotisez pas pour la retraite.
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L’EURL offre souvent le meilleur compromis protection/coût pour un temps plein.
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Quelle que soit la structure, une épargne personnelle (PER, Immo) est indispensable pour compléter le régime obligatoire.
Comprendre la mécanique : Trimestres vs Points
Pour piloter votre stratégie, il faut comprendre le moteur sous le capot. Votre future retraite se compose de deux étages :
- Le Régime de Base (La durée) : Il fonctionne par trimestres. Il détermine quand vous pourrez partir à taux plein (sans décote).
- Le Régime Complémentaire (Le montant) : Il fonctionne par points. Il détermine combien vous toucherez. Plus vous cotisez, plus vous cumulez de points.
La règle d’or à retenir : Un trimestre validé ne correspond pas à 3 mois de travail. Il correspond à un montant de cotisations versées. Vous pouvez très bien travailler toute l’année à temps partiel sans valider vos 4 trimestres si votre CA est insuffisant.
Le choix du statut : L’impact sur votre avenir
C’est la décision la plus structurante. Chaque statut a sa propre logique de calcul. Si besoin, nous avons un guide complet pour vous aider à choisir votre statut.
La Micro-entreprise : La course au Chiffre d’Affaires
En micro, l’État applique un abattement forfaitaire de 50% sur votre CA pour estimer votre revenu. C’est sur cette base que sont calculés vos droits.
Pour valider un trimestre, vous devez générer un revenu égal à 150 fois le SMIC horaire. Avec la hausse du SMIC, le seuil pour valider vos 4 trimestres en 2025 est estimé à 14 256 € de CA annuel.
- Le danger : Si vous faites du VTC en activité d’appoint et que vous déclarez 8 000 € par an, vous ne validerez que 2 trimestres. À long terme, cela crée des « trous » dans votre carrière qui repousseront votre âge de départ.
- Le conseil : Pilotez votre CA mensuel pour être sûr d’atteindre ce seuil critique.
La SASU : Le mirage des dividendes
La SASU est populaire, mais elle contient un piège redoutable pour la retraite. Le président est « assimilé-salarié », ce qui offre une excellente protection, mais les charges sont très élevées (environ 80% du salaire net).
Pour éviter ces charges, beaucoup de chauffeurs choisissent de ne pas se verser de salaire et de tout prendre en dividendes (taxés à la Flat Tax de 30%). Attention : Les dividendes ne génèrent AUCUN droit à la retraite.. Une année passée en « 100% dividendes », c’est une année blanche pour votre vieillesse : 0 trimestre validé, 0 point acquis. C’est une stratégie viable uniquement si vous êtes couvert par ailleurs (chômage, autre emploi salarié).
L’EURL : La voie de la raison pour le temps plein
Souvent boudée à tort, l’EURL (statut TNS) est mathématiquement très pertinente pour un chauffeur de carrière.
- Le coût : Les charges sociales sont d’environ 45% (contre 80% en SASU).
- L’avantage : Pour le même coût total entreprise, vous pouvez vous verser une rémunération nette plus élevée qu’en SASU salarié, tout en validant tous vos trimestres et en cotisant à la retraite complémentaire des indépendants.
Sécuriser ses revenus grâce au cadre ARPE
L’incertitude des revenus est l’ennemie de la retraite. Les récents accords de l’ARPE (Autorité des Relations Sociales des Plateformes d’Emploi) apportent une visibilité nouvelle pour 2025.
Deux garanties majeures existent désormais :
- Garantie horaire de 30 € : Les plateformes doivent garantir ce revenu minimal par heure d’activité.
- Minimum par course : Le seuil minimal garanti sectoriel est de 7,65 € net pour le chauffeur (certaines applications peuvent proposer plus, mais c’est le filet de sécurité légal).
Pourquoi ça compte pour votre retraite ? Ces garanties vous permettent de « mathématiser » votre année. Pour atteindre le seuil de validation des 4 trimestres (les fameux 14 256 €), il vous faut théoriquement environ 475 heures d’activité garantie dans l’année. Utilisez ces repères pour planifier vos semaines et ne pas vous retrouver « limite » en fin d’année.
Stratégies financières : Le « Troisième Pilier »
Même avec une carrière complète, le taux de remplacement (la différence entre votre dernier salaire et votre pension) sera faible. Il est impératif de construire votre propre capital.
Le PER (Plan d’Épargne Retraite)
C’est l’outil fiscal par excellence. Les sommes versées sur un PER sont déductibles de votre bénéfice imposable.
- L’astuce : Vous réduisez vos impôts aujourd’hui tout en mettant de l’argent de côté pour demain.
- Le bonus : L’argent est bloqué jusqu’à la retraite, sauf en cas d’achat de votre résidence principale. Vous pouvez donc vous en servir pour constituer un apport immobilier défiscalisé.
L’immobilier et le crédit
L’accès au crédit immobilier est plus difficile en micro-entreprise (les banques appliquent souvent un fort abattement sur le CA) ou en SASU aux dividendes (revenus considérés comme instables). Avoir des bilans comptables (EURL ou SASU) avec une rémunération régulière est le meilleur moyen de rassurer un banquier et de préparer votre avenir par la pierre.
En 2025, préparer sa retraite de VTC ne signifie pas forcément payer le maximum de charges, mais payer les bonnes charges.
- Vérifiez que vous dépassez le seuil des 14 256 € de CA si vous êtes en micro.
- Fuyez le « tout dividendes » en SASU si c’est votre seule source de revenus.
- Utilisez des outils de gestion comme WAY-Partner pour suivre votre CA net en temps réel et savoir où vous en êtes de vos seuils de validation.
La liberté de l’indépendant, c’est aussi celle de choisir de se protéger.
Glossaire
Voici quelques termes utiles à connaitre et comprendre :
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Abattement Forfaitaire : Déduction automatique de 50% appliquée par l’administration sur le CA des VTC en micro-entreprise pour estimer le revenu imposable.
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ARPE : Autorité des Relations Sociales des Plateformes d’Emploi. Organisme qui fixe les revenus minimaux garantis (30€/h, 7,65€ net/course).
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Flat Tax : Impôt forfaitaire de 30% sur les dividendes. Attention : payer la Flat Tax ne permet PAS de cotiser pour la retraite.
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TNS (Travailleur Non Salarié) : Statut social du gérant d’EURL. Il permet une protection sociale complète avec des charges moins élevées qu’en SASU.