Dans le monde du VTC, les rumeurs comptables vont bon train. « Tu peux récupérer la TVA sur ta berline », « L’essence est déductible à 100 % »… Attention. Si l’optimisation fiscale est un levier puissant pour votre rentabilité, elle est encadrée par des règles strictes. Une erreur d’interprétation ne pardonne pas et les redressements fiscaux sont une réalité.
L’objectif de cet article est de remettre les pendules à l’heure : que pouvez-vous réellement récupérer en tant que chauffeur ? Comment gérer la TVA sur les commissions des plateformes ? Voici le guide de vérité pour sécuriser votre trésorerie.
En bref
Contrairement à une idée répandue, la TVA sur l’achat ou la location d’une berline VTC classique n’est généralement pas récupérable, car ces voitures restent classées « Véhicule de Tourisme » (VP).
Par ricochet, la TVA sur leur entretien ne l’est pas non plus.
Les vrais leviers de récupération se situent ailleurs : l’électricité (100 % récupérable), les péages, et surtout les commissions des plateformes.
Attention, le régime de la Micro-entreprise (Franchise en base) est souvent un piège : vous payez la TVA sur vos charges sans pouvoir la récupérer, ce qui augmente vos coûts réels, notamment sur les commissions des applications.
Le choix du régime : Franchise ou Réel ?
C’est la base de tout. Avant de parler de déduction, il faut comprendre votre statut.
Le piège de la Franchise en Base (Micro-entreprise classique)
Si vous ne facturez pas de TVA (mention « TVA non applicable » sur vos factures), vous pensez peut-être faire une bonne affaire administrative. En réalité, pour un VTC, c’est souvent un calcul perdant. Pourquoi ? Parce que vous payez la TVA sur toutes vos dépenses (carburant, voiture, réparations) sans jamais pouvoir la récupérer. C’est un coût « sec » de 20 % supplémentaire sur vos achats. De plus, surveillez vos seuils : dès le dépassement du seuil majoré (41 250 € en 2025), vous basculez à la TVA dès le premier jour du mois. Si vous ne l’avez pas anticipé, c’est 10 % de votre chiffre d’affaires qui disparaît en dette fiscale.
La force du Régime Réel (Simplifié)
C’est souvent la voie de l’optimisation. Le mécanisme est favorable :
- Vous collectez 10 % de TVA sur vos courses (transport de voyageurs).
- Vous déduisez 20 % de TVA sur vos frais éligibles (commissions plateformes, péages, honoraires).
Ce différentiel (collecter peu, déduire beaucoup) permet souvent de réduire drastiquement la TVA à payer, voire de générer un crédit de TVA.
Achat du véhicule : La grande désillusion
C’est le point où circulent le plus d’erreurs. Soyons clairs : Non, le simple fait d’être VTC ne vous permet pas de récupérer la TVA sur votre Peugeot 508 ou votre Mercedes Classe C.
La règle fiscale est stricte : les véhicules homologués en catégorie « VP » (Véhicule Particulier) sur la carte grise sont exclus du droit à déduction. Peu importe que vous l’utilisiez à 100 % pour travailler. L’exception « Transport Public de Voyageurs », souvent citée, est interprétée très strictement par l’administration (elle vise surtout les Taxis avec licence ADS ou les autocars).
Les exceptions rares : Vous pouvez récupérer la TVA uniquement si votre véhicule n’est pas un « VP » classique, par exemple :
- Un Van de grande capacité (plus de 8 places assises + chauffeur).
- Un véhicule utilitaire (VU) aménagé (rare en VTC classique).
Si vous achetez une berline standard, partez du principe que la TVA est perdue. Ne budgétez pas son remboursement pour votre apport, vous risqueriez un redressement fiscal de 20 % du prix de la voiture.
Entretien et Réparations : « L’accessoire suit le principal »
En fiscalité, il existe une règle d’or : le traitement fiscal des dépenses accessoires suit celui du bien principal. Conséquence logique du point précédent : puisque votre berline (VP) n’ouvre pas droit à déduction de TVA, tous les frais d’entretien qui s’y rapportent sont également exclus.
Vous ne pouvez donc pas récupérer la TVA sur :
- Les pièces détachées (pneus, plaquettes, filtres).
- La main-d’œuvre du garagiste.
- Le lavage du véhicule.
Cela peut sembler injuste, mais c’est l’application stricte de la loi pour les véhicules de tourisme.
Carburant et Énergie : Le virage électrique payant
Si la voiture et l’entretien sont des zones rouges, l’énergie est une zone d’opportunité, surtout si vous avez opéré votre transition écologique.
Diesel et Essence : L’égalité à 80 %
L’avantage historique du diesel est terminé. Aujourd’hui, que vous rouliez au Gazole ou à l’Essence (SP95, SP98, E10) avec un véhicule de tourisme, la règle est la même : la TVA est récupérable à hauteur de 80 %. Les 20 % restants sont une charge pour l’entreprise.
Électricité : Le 100 % Gagnant
C’est ici que l’optimisation se joue. Pour les véhicules électriques, la TVA sur l’électricité est 100 % déductible. Cela vaut pour :
- Les recharges sur bornes publiques (Superchargeurs, Ionity, etc.).
- La recharge à domicile (si vous avez un compteur dédié ou un relevé précis via une borne connectée).
Le GNV et le GPL bénéficient aussi de ce taux de 100 %.
Commissions Plateformes : Attention danger !
C’est le dossier le plus technique et le plus risqué, surtout pour les auto-entrepreneurs.
Les plateformes sont souvent basées à l’étranger (Pays-Bas, Estonie). Elles vous facturent des frais de service (la commission) Hors Taxes. Mais attention : « Hors Taxes » ne veut pas dire « Sans Taxes ». En tant que professionnel en France, vous devez payer la TVA française (20 %) sur ces commissions. C’est le mécanisme de l’autoliquidation.
- Si vous êtes au Régime Réel : C’est une opération blanche. Vous déclarez la TVA due et vous la déduisez aussitôt sur la même ligne. Impact trésorerie = 0 €.
- Si vous êtes en Franchise (Micro sans TVA) : C’est le piège. Vous devez déclarer cette TVA à l’État et la payer… mais vous ne pouvez pas la récupérer !
- Exemple : Uber prend 25 % de commission. Avec la TVA que vous devez reverser à l’État, cette commission vous coûte en réalité 30 %.
C’est un argument de poids pour passer au régime réel dès que votre chiffre d’affaires devient conséquent.
Péages et autres frais : Ce qui est validé
Heureusement, il reste des dépenses courantes 100 % déductibles, quel que soit votre véhicule :
- Péages autoroutiers : La TVA est récupérable à 100 %. Conseil : Prenez un badge de télépéage pro. Le ticket papier se perd ou s’efface ; la facture mensuelle du badge est incontestable lors d’un contrôle.
- Parkings : Uniquement si c’est un parking « en ouvrage » (barrières, souterrain) avec une facture affichant la TVA. Le stationnement dans la rue (parcmètre) n’a généralement pas de TVA récupérable.
- Frais annexes : La TVA sur votre logiciel de gestion (comme WAY-Partner), votre expert-comptable ou vos frais bancaires pro est entièrement déductible.
Ce qui est interdit (ne tentez pas le diable)
- Les costumes : Même si c’est votre « uniforme » de travail, l’administration considère qu’un costume peut être porté dans la vie privée. Pas de déduction possible.
- Les repas du midi : Sauf invitation client (repas d’affaires), votre déjeuner perso n’ouvre pas droit à récupération de TVA.
La fiscalité du VTC est un terrain miné pour les non-initiés. Si la TVA sur l’achat du véhicule est souvent un mythe à oublier, le régime réel reste un outil puissant pour récupérer la TVA sur les commissions des plateformes, les péages et l’électricité. Ne gérez pas votre activité « au doigt mouillé ». L’écart de rentabilité entre un chauffeur qui maîtrise ces règles et celui qui les subit peut atteindre plusieurs milliers d’euros par an.
Glossaire
Voici quelques termes utiles à connaitre et comprendre :
-
Autoliquidation : Mécanisme où le client (vous) paie la TVA à la place du fournisseur étranger (Uber/Bolt). Obligatoire même pour les micro-entrepreneurs.
-
VP (Véhicule Particulier) : Mention sur la carte grise (J.1) désignant un véhicule de tourisme. Exclut le droit à déduction de la TVA.
-
Franchise en base : Régime fiscal où l’on ne facture pas de TVA et où l’on ne récupère rien.
-
Régime Réel : Régime fiscal où l’on déclare la TVA réelle (collectée sur les ventes, déduite sur les achats).
-
Assujetti : Personne soumise aux règles de la TVA (qu’elle la paie ou qu’elle en soit exonérée par franchise).